les divinités qui creusent l'épaule

Publié le par benoit

    Le lecteur qui n'est pas atteint de la forme précoce de la maladie d'alzheimer s'en souviendra, dans le précédent article, l'on stipulait que c'était l'été, saison des vacances ici comme ailleurs, du relâchement et des festivités. Il nous semble que le regard et le comportement des japonais change; bien plus décontractés et avenants, voire entreprenants, nos  cousins transpacifiques  ouvrent la soupape de sécurité.  Chaque ville a son festival, et chaque festival comporte toujours une dimension  groupale, familiale car chacun participe ou presque à la liesse générale et son organisation.
     Ainsi si on prend la feria de nîmes en guise de comparaison, on est bien embêtés. Ca y ressemble et pourtant...La fête est quasi exclusivement dans la rue, du moins pour la partie la plus importante. Souvent, s'il s'agit de défilés en tous genres, ces derniers sont joués par des communautés de quartier, ou des écoles, clubs, etc...avec  en fond un petit esprit compétitif. Non moins souvent, la foule s'en mêle, avec l'art étonnant de ne pas étouffer le passant, alors pourtant si nombreuse.
    J'avais vu dans de films ou autres images exportées ce genre d'évènement avec des porteurs de mikoshi, ou sorte de petit temple monté sur des poutres, un bandeau autour de la tête, nus ou presque (avec seulement une cordelette ancêtre du string) qui rugissaient tout en peinant, portés par leur enthousiasme et visiblement heureux de le faire. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais il me semblait qu'un séjour au Japon serait incomplet sans avoir tenté l'expérience...fin du suspens. Avec un ami français vivant au Japon qui ne devait pas en penser moins, nous nous sommes joints par relations avec un petit groupe mixte ( tu parles c'est les hommes qui portent quand même ) de quartier qui nous ont bien accueillis. Je veux dire, le cérémonial traditionnel avant l'épreuve nous a été octroyé; parés de l'uniforme du groupe ( une veste, short blanc, socquettes ), une canette de bière dans la main mise d'office, le message était limpide. Ce sera une heure ( et demie? ), beaucoup de sueur, d'alcool, et un esprit combatif.
    Le but est que chaque mikoshi soit porté d'un point A à un point B, pas toujours selon le chemin le plus direct, d'abord pour le spectacle, et je pense pour peiner, exprès. C'est que le temple portatif qui, selon la taille, peut se peser en tonnes, abrite une divinité " enfant " qui aspire à rejoindre papa, le gros sanctuaire du coin, devant lequel elle sera présentée. Et comme ça la rend complètement fébrile, elle s'agite dans tous les coins, sautille, s'arrête pour mieux repartir brusquement...bref, c'est vivant. Mais les pauvres porteurs, adultes et bannis du monde imaginaire, savent bien que ce qui fait vivre le mikoshi et sa divinité, ce sont eux...ainsi, même si on change d'épaule, on a tout pour se faire une rupture du ligament acromio-claviculaire : pression, cisaillement...heureusement ce ne fût pas le cas.
    Côté féminin, il y a le rôle classique de la femme qui supporte l'homme dans l'effort, à l'arrière du cortège, près des boissons. Une autre partie hysterico-sadique aime à monter sur les mikoshi et entrainer les porteurs et le public, parfois avec des enfants...on en souffre d'autant plus qu'on est positionné à l'avant. Enfin, la majeure partie est dans le public, vêtue souvent de yukatas élégants mais chauds et d'éventails, ce qui n'est pas sans charme. Les photos témoigneront.
    Avant et après l'épreuve, il y a le réconfort. Le plaisir de partager une fête avec des personnes de pays très éloignés, et celui d'avoir préssenti ce sentiment si différent de communauté qui, en somme , nous portait toutes et tous.

Publié dans kaniga

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Jb 16/09/2007 12:59

Magnifique le kimono de vaness o_OPs: Soit vous avez trés chaud, soit vous avez pas bu trop d'eau :p