à propos 2

Publié le par benoit

    Hisashiburi na ! Après plus de 6 mois de stage, que reste-t-il de nos amours psychiatriques ? je veux dire finallement comment ça se passe au boulot ? alors, une petite note ne serait-ce que pour mes adorables géniteurs qui me questionnent souvent à ce propos...que dieu les protège.
    Bonne question donc, si on regarde du côté des objectifs, on trouve bien sûr pas mal de frustrations et tout autant de bonnes surprises. Si on me dit que sans un peu de frustration il n' y a pas de bon travail, je veux bien le croire, alors j'y perd un peu mon latin. Il y a deux sujets : celui sur lequel l'auteur essaie de plancher sur son petit bureau éclairé par une lumière blafarde, son intimité protégée par deux panneaux de plastique qui font plus décoration qu'autre chose, et celui du sujet qui planche; petite mise en abîme, un peu de références tendance ne fait pas de mal. Bien que la frontière entre ces deux sujets soit perméable, l'un influençant l'autre, on va dire que ce sera aussi simple et plus intéressant de parler de celui sur lequel je planche. Je n'ose prononcer le thème de cet ersatz de thèse. Je commence à en éprouver du dégoût, serait-ce bon signe ?
    Il s'agit encore d'essayer de repérer, selon nos confrères nippons, comment ces pauvres japonais tombent en dépression au travail. Ca à l'air un peu vague comme ça, c'est vrai que c'est un peu trop gros. disons que l'accent est mis sur ce qu'en pensent mes collègues, je vois mal comment je pourrais avoir la prétention d'expliquer tout ça de mon point de vue de gaijin.
    Et où en arrive-t-on ? d'abord il faut planter le décor : on est à jichi idai, ville champignon gréffée à l'arbre universitaire de son hôpital, dans la préfecture plutôt campagnarde de Tochigi....où sont implantées des usines de production automobiles à foison. Qui est là ? des familles de CSE moyenne, des fermiers spécialistes de la fraise. Et parmi les psys, des jeunots dont l'un me soutenait il n'y a pas longtemps que la personnalité c'était du gène et rien que ça; là je dis tout de suite qu'à part ce champion sûrement égaré les autres sont...comme nous...., et des séniors formés à une autre école, allemande, phénoménologiste, et parfois en france. Ca joue sur les modèles explicatifs ! et les patients alors, ils en pensent quoi eux ? malheureusement, c'est là que ça coince...les entretiens sont peu possibles; si j'arrive à poser les questions ( pas mal déja non ? )je ne peux comprendre les réponses. D'autant plus que l'accent de tochigi, réputé pour son côté touffu,  débité à cent à l'heure par un vieux paysan, ça a un côté rencontre du troisième type.
    Quoi écrire alors ? un peu d'histoire, d'exotisme, des histoires de cas recopiées dans les fichiers d'ordinnateur et commentées par les confrères...on bricole. On lit pas mal aussi, mais pas en japonais hélas...et plus on s'enferme dans son bureau, plus on reproduit une étude à la Bénedict, hors du terrain.
    Voilà un résumé outrancier :
    Un homme d'âge moyen, présentant une prédisposition " typus mélancholicus " ( c'est à dire qu'il vit pour son travail, est très ordonné et étriqué avec un fonctionnement rigide ) vit une modification de son environnement de travail, s'identifie avec une entreprise/société malade ( mélancolique ), explose du fait de surmenage en neurasthénie ou trouble psychosomatique, voit son temps vécu auparavant cyclique (et à peu près composé d'un passé-présent-futur) retréci voire constamment en arrière d'un futur injoignable, pro-tendu c'est le cas de le dire...au passage doit bien avoir une blessure narcissique quelque part, une perte moui pourquoi pas mais bon, et peut-être que craigant avant tout le rejet du groupe, terrible pour un japonais, il se réfugie dans la culpabilité et la dépression. Il n'est pas interdit qu'il soit aussi stréssé et que ces stratégies de coping soient non efficaces, qu'il en arrive à baisser les bras. On peut bien sûr retrouver quelques éclaircissements culturels.
    Et voilà pourquoi votre fille est muette.
   
    Ci-dessous, quelques photos prises dans une entreprise d'alluminium visitée avec son centre de " psychiatrie du travail " il y a peu. C'est tout de même intéressant. Parce qu'au delà de mes préoccupations personnelles, on voit que tout a été fait pour tenter une prévention des troubles psy au travail, même si c'est plutôt de la prévention secondaire voire tertiaire ( consultations après repérage de difficultés ). Beaucoup de psychiatres passent tous les cinq ans une attestation visant à leur conférer le droit de travailler en milieu industriel. Comme des " médecins du travail ". la dépression au travail est reconnue comme maladie professionnelle depuis peu. Le même psychiatre est alors dans une position complexe entre son employeur, l'entreprise, et ses patients, avec les vices du système qu'on peut immaginer. Il passe souvent la main pour les suivis. Il travaille en équipe avec le responsable d'atelier, etc...
    Vendredi prochain j'irai visiter une célèbre usine de production automobile. Il y a au moins 20 consultations par demie journée, la plupart des dépressions et troubles anxieux.

    Pour finir, il semble que comme les entreprises japonaises, l'hopital n'échappe pas à la règle. respect de la hierarchie, surmenage, prise de décision en groupe...c'est un hopital finallement privé, comme la plupart des hopitaux au japon, mais aussi universitaire. c'est aussi un des rares campus d'étudiants en médecine, lesquels dépriment non rarement.

 

Publié dans kaniga

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