le temps des cerisiers

Publié le par benoit

    Après avoir présenté en anglais des généralités sur la psychiatrie toulousaine et une revue de la litterature sur la psychopathologie de la depression en lien avec le travail, ce qui a permis à certains de comprendre un peu plus qui j'étais et la raison de ma présence au japon, nous avions décidé de profiter du séjour de mes parents dans ce beau pays pour le visiter ensemble, à tokyo, et surtout, à kyoto.
    Le voyage vers kyoto était bien venu puisque nous sommes actuellement en pleine période de floraison des cerisiers, evenement de la plus haute importance ici, symbolisant entre autres la fin d'un cycle et le début d'un autre avec l'arrivée du printemps, la fin de l'année scolaire, tout en faisant écho avec un héritage de pensée considérant l'éphémère, la fatalité, la brièveté du beau " mono no awane". Je ne sais plus où j'ai lu que c'était une représentation de la mélancolie..Plus pragmatique est le bison futé des cerisiers qui annonçait leur floraison sur tokyo le lendemain de l'arrivée de mes parents. Tel ne fut pas le cas, peut-être du fait de mauvaises conditions climatiques la semaine précédente; heureusement, nous en vîmes beaucoup au final, ceci modérant ma frustration.
    Ce voyage fut aussi l'occasion de pratiquer plusieurs jours de suite et en variant les endroits l'hébergement en ryokan, ou auberge traditionnelle japonaise, tenus souvent par de vielles dames courbées et soucieuses du confort de leurs hôtes. On est enchanté de ces souvent vieilles maisons en bois où l'on se déplace pieds nus ou en sandales, si on le souhaite habillé d'un yukata, coulissant ces pro-fantasmatiques panneaux en papier de riz ( ou en plastique ) pour découvrir une pièce de tatamis avec petite table, télé des années 60 et couchette en futon moelleuse à souhait; ou bien, en recherche d'ablutions, un bain japonais ( on se douche et se savonne d'abord en dehors ) en bois, bien chaud. Il s'en dégage une atmosphère très familale. Kyoto reproduit l'illusion attendue d'elle si l'on combine ce type d'hebergement à la visite de ses innombrables temples et sanctuaires, de promenades nocturnes le long de canneaux ponctués de lanternes et de hérons perchés sur les fils electriques, de repas dans des izakayas ( auberges ) en bois au comptoir ( mais ça ne fait pas l'unanimité ).
    Mais la ville ne souhaite pas rester un théâtre de son passé traditionnel et abrite le quartier commerçant, de grands magasins peut-être moins fastes qu'à tokyo, une gare qui semble sortir comme beaucoup d'autres réalisations modernes d'un univers jules verno-schuiten et peeters fait d'espace, de lignes croisées amoureuses de géométrie, de transparence et de nostalgie de la période industrielle.
    L'insolite était aussi au rendez-vous; errant le premier soir le long de la rivière, mon père attire notre attention sur un petit café prénommé " le départ ". le seuil franchi, nous nous retrouvons seuls dans une pièce sortie de la salle à manger d'une adepte d'amélie poulain, tenue par une mère et sa fille que j'ai un temps crues latines, dans laquelle un groupe de sexagénnaires et leur chanteuse à la fleur dans les cheveux nous gratifiront d'un concert de musique hawaïenne; la main du doyen, docilement mais fermement accrochée à la pedal-steel, ne bronchera pas. S'en suit une interpretation de la patronne de classiques karaokés français ( la vie en rose..) qui trouvait peut-être là l'occasion de renouer avec son passé de chanteuse et quelque chose de français .
    Pour ce qui est du patrimoine culturel de kyoto, tout est dit, disons que ma préférence va au sanctuaire fushimi avec ses longues successions de torii oranges sanguins sur des kilomètres dans une belle forêt à flanc de montagne. La foule en moins, c'est vraiment propice à une expérience. On ne peut pas dire non plus que tous les beaux jardins japonais, secs ou pas, le temple doré, le quartier traditionnel de gion la nuit sont sans charme. A coup sûr une ville des plus passionantes du monde.
    L'heure est au retour dans la réalité; british airways a du retard, nos vélos ont été mis à la fourrière pendant notre abscence, c'est un comble quand la raison en est l'instauration d'un parking obligatoire payant dans ce trou perdu, il nous faut manger des nouilles toutes sèches pour subsister  ( délicieuses ceci dit ). A l'hôpital, la porte du bueau commun reste ouverte, les cartons jonchent les couloirs; de nouveaux visages font leur appartition. c'est une nouvelle année.
    Dimanche dernier, nous sommes retournés à tokyo avec julien pour participer nous aussi au pique-nique géant dans le parc de Ueno, qui attire une foule incroyable de japonais venus pour "hana-mi" ( regarder les fleurs ) et s'arsouiller gaiement sous les cerisiers qui, il faut bien le dire, sont magnifiques. Une brise fait-elle tomber une pluie de pétales ? la foule se dresse et applaudit. Tout comme ce vieil homme près d'un temple qui sembler féliciter un arbre de sa pousse, on sent un rapproché de la nature. à méditer.
   

Publié dans kaniga

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